Le silence est total, seulement rompu par le craquement de l'herbe gelée sous mes pas. La clôture est un enchevêtrement de fer rouillé et de lierre desséché. Au milieu de la vaste cour, un vieux panneau de basket se dresse encore, tel un squelette dont le cercle a perdu son filet et la planche ses couleurs.
En arrivant devant les marches du bâtiment, l’histoire me saute aux yeux. Deux portes distinctes. À gauche, les filles ; à droite, les garçons. Ce dualisme architectural m'arrête un instant. Nous sommes ici dans les vestiges d'une France d'avant 1965, une époque où la mixité n'avait pas encore franchi le seuil des salles de classe. Je m'interroge : s'agissait-il d'une institution religieuse stricte ou d'une école communale ? Les recherches ultérieures confirmeront la seconde option : c'était le cœur battant de la commune.
La morsure du feu et l'oubli
Je pénètre par l'entrée des garçons. L'air intérieur est plus lourd, chargé d'une humidité glacée et d'une odeur résiduelle de suie. En 2021, le feu a tenté de dévorer l'édifice. Par endroits, la toiture a capitulé, laissant apparaître la charpente calcinée et un morceau de ciel gris.
Je progresse dans le couloir principal, mon boîtier photo en main. Le spectacle est désolant. Ce qui fut autrefois un lieu d'apprentissage et de cris d'enfants est devenu un dépotoir. Des sacs poubelles éventrés et des détritus hétéroclites jonchent le sol. Je parviens néanmoins à isoler une classe vide, où la lumière rasante de l'hiver souligne la nudité des murs. C’est là, dans ce dépouillement, que je déclenche mon premier cliché.